Par tradition, les Indienns ont toujours fait preuve d'autonomie.
Aujourd'hui, leur esprit d'entreprise donne un souffle nouveau
à la vie quotidienne des réserves.
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Comment les Blancs pourraient-ils comprendre la force des femmes indiennes? Elles ont porté et nourri leur famille,maintenu la cohésion des groupes malgré l'anéantissement de leur monde, la perte des bisons et de leurs terres.
Aujourd'hui, les hommes ne pouvant plus chasser leur statut de pourvoyeurs de nourriture et de chefs de famille est affaibli. Beaucoup refusent par fierté le travail des Blancs. L'alcool et la drogue font des ravages. Pôle de stabilité familiale et sociale, les femmes elles, renforcent leur position et s'affirment comme une force économique de plus en plus évidente.
Que sait-on de la vie des Amérindiennes avant l'invasion des Blancs? peu de choses qui ne passent par le prisme déformant du regard des envahisseurs anglo-saxons pétris de puritanisme.
La femme occidentale est alors entiérement dépendante de son mari. Plus tard, le cinéma hollywoodien reprendra le stéréotype de la sqaw,bête de somme opprimée par son maître ou princesse intouchable dont s'éprend le valeureux lieutenant de cavalerie.
<< En réalité, les Indiennes ont toujours été autonomes, beaucoup plus que les femmes blanches. Quand les hommes partaient à la chasse durant plusieurs mois, il leur fallait nourrir leur famille dans des conditions de survie souvent difficiles.
Chez moi, les femmes chassaient aussi,sans trop s'éloigner de leur tipi bien sûr, mais elles savaient fabriquer et relever les piéges.>>
Rita Mestokosho est membre du consiel de bande du village innu d'Ekuanitshit ( Québec, Canada)
Aprés avoir quitté son village pour suivre des études en Sciences politiques, la jeune femme est retournée dans sa communauté avec le sentiment d'avoir " une mission à accomplir". D'autres femmes avant elle ont assumé de telles responsabilités, selon un principe de collaboration entre hommes et femmes reconnu dans la plupart des sociétés indiennes. Le féminisme de Rita s'exprime dans le cadre de ce respect entre les deux sexes , qui sous-entend pour chacun la reconnaissance et la nécessité du statut différencié de l'autre. Au mot parité, elle préfére celui de complémentarité.
L'un des projets défendus par Rita vise à développer le recours à la pharmacopée traditionnelle et aux techniques ancestrales pratiquées par les sages-femmes.
A Ekuanitshit, certaines vieilles femmes sont nées avec un don qui parfois leur fut révélé en rêve. La plupart d'entre elles connaissent le secret des plantes médicinales. Ce savoir remonte au temps où les Indiens pratiquaient encore le nomadisme.
<< Les miens, explique Rita, étaient en pleine santé autrefois grâce à l'alimentation qui venait du bois et parce qu'ils marchaient beaucoup. L'hiver, les Anciens chassent encore le caribou , l'orignal, la marte ou le castor. Cette mémoire est ce que l'on a de mieux à transmettre à nos enfants. Car si tu connais ton histoire, tu n'as plus peur d'affronter le destin.>>
Cette femme qui a appris à vivre dans la forêt sait qu'elle peut subsister avec trés peu de moyens en restant totalement autonome.
<< En ville, tu n'as pas cette maitrise des choses. Dans le bois, tu as ta force, en dedans, qui pousse, comme le printemps. Pour moi, cette énergie, c'est l'expression des femmes. >>
Dans ses poémes, Rita parle du Grand Dehors. Cet espace de liberté où elle puise son inspiration. << La vie , écrit-elle, est un songe qui se cache doucement dans mon esprit d'enfant. C'est la secréte clairiére, la rencontre des ancêtres... Le sentier de l'amour , dessiné par le Grand Esprit Tshishe Manitu.>>
( à suivre...)