" AMERINDIENS PASSION "... la Nature, ma vision du monde , mes lectures...et les peuples Amérindiens . Partager et communiquer...
Cela faisait bien des nuits que Petit Loup ne dormait plus. Il était amoureux d'une jeune fille d'un autre clan qu'il avait aperçue alors qu'elle faisait boire son poney à la riviére. Jamais il n'avait de fille aussi belle, aussi gracieuse.
Il lui semblait même qu'elle lui avait souri.
Petit Loup savait qu'il allait bientôt la revoir lors du rassemblement des tribus, aux plus beaux jours du printemps. Il lui fallait vite trouver un cadeau digne de pareille beauté, un cadeau qui lui permettrait de lui parler et peut-être même d'emporter son coeur. Petit Loup alla trouver sa grand mère, toujours de bon conseil. Il lui demanda de lui broder une belle tunique avec des piquants de porcs-épics comme elle savait si bien le faire.
Mais elle le rabroua:
< Ce ne serait pas juste que je fasse à ta place ton cadeau d'amour. C'est à toi, et toi seul, de trouver le chemin qui mène à lui.>
Elle lui donna donc du pemmican pour plusieurs jours et l'engagea à partir seul dans la forêt.
Toute la nature commençait à se réveiller du froid de l'hiver. Sans doute y trouverait-il matiére à réflexion pour son cadeau!
Petit Loup quitta le camp dès que les premiers rayons du soleil surgirent à l'horizon. Et, à peine entré dans la forêt, il aperçut un élan. Il voulut le chasser mais l'élan se tenait toujours à bonne distance de ses fléches. Dès qu'il s'approchait, l'élan s'éloiganit et il l'entraina de plus en plus loin sous le couvert des arbres. A la nuit tombée, Petit Loup se rendit compte qu'il était bel et bien perdu et que l'élan avait disparu. Il s'enroula dans sa couverture, appuya son dos contre un arbre et mangea un peu du pemmican que sa grand-mère lui avait donné.
La nuit recouvrit alors la forêt , avec son cortége étrange de bruits de toutes sortes: cris d'aniamux, craquements de branches, souffle du vent... mais au milieu de ces mille rumeurs nocturnes, Petit Loup perçut soudain comme une plainte mystérieuse.
Il dressa l'oreille, ferma les yeux et suivit dans sa tête cette mélodie envoûtante qui, par moments, s'évanouissait puis reprenait de plus belle.
A tant fermer les yeux, Petit Loup s'endormit. Pourtant, dans son sommeil, il continua à entendre encore et encore ce chant plaintif qui ressemblait à son amour , dont il avait la douceur et la force.
Soudain, au bout milieu de son rêve, Wagnuka, le pic vert à tête rouge, se dressa devant lui. Et c'était lui qui chantait! Dans son chant, Wagnuka disait:
" Tu aimes ma musique . Alors suis moi et je te l'apprendrai ".
Il répéta cette phrase à plusieurs reprises , si bien qu'à son réveil Petit Loup répéta du bout des lèvres : "Suis moi et je te l'apprendrai."
Il ouvrit les yeux et le pic vert était là, sur une branche juste au-dessus de sa tête. Mais Wagnuka fit comme l'élan. Il s'éloigna vers un autre arbre, puis vers un autre et encore un autre. Petit Loup le suivit . Il suivit sa petite crête rouge qui apparaissait et disparaissait au milieu des feuillages. Ils arrivérent ainsi jusqu'à une clairiére dans laquelle se dressait un grand cédre.
De son bec, Wagnuka piqua alors, à coups redoublés, une branche morte de l'arbre.Un souffle de vent se leva et la mystérieuse musique résonna dans la clairière. Petit Loup comprit. Il comprit que cette musique venait du vent qui sifflait dans la branche creuse. Il se dit alors que cette musique serait le plus beau des cadeaux pour celle qu'il aimait. Aussi, aprés en avoir demandé la permission à l'arbre, il coupa le morceau de branche morte et l'emporta avec lui.
Mais il partit en oubliant de saluer Wagnuka, le pic vert, qui s'envola en lui frôlant la chevelure.
Petit Loup retourna chez les siens. Hélas, une fois rentré dans son tipi, il eut beau souffler et souffler dans la branche, aucun son ne sortit.
(à suivre...)