
Contrairement à la plupart des juifs et des chrétiens, les Navajos ne croient pas en un univers dualiste et manichéen où coexisteraient deux principes antagonistes nettement dissociés et en perpétuelle lutte. Ils ne nient pas leur existence , mais ils pensent que les traditions, et particuliérement les cérémonies religieuses, peuvent intervenir pour transmuer le bien en mal.
Le bien est ce qu'on maîtrise ; le mal ce qu'on ne maîtrise pas. On peut avoir des relations sexuelles dans le mariage,mais la luxure est un vice. On peut se livrer de temps à autre à un jeu d'argent mais la passion du jeu est condamnable.
Parce qu'il entre à l'école avec un systéme de références différent, le jeune Indien aura besoin d'être particuliérement soutenu s'il veut tirer le meilleur parti de ce qu'on lui enseigne. Si on lui demande de qualifier une situation donnée en termes de bien ou de mal, il est fort probable qu'il ne donnera pas la même réponse que son camarade de race blanche. Que penser, par exemple, d'un homme qui vole pour nourrir sa famille? Faut-il protéger un site naturel contre un projet de construction ou choisir de défendre les intérêts du promoteur? Avant de répondre, le jeune Navajo voudra en savoir plus. Pour discerner le bien du mal, le jeune Blanc, lui, s'inspirera de la législation anglo-saxonne.
Au moment de l'adolescence , ces divergences peuvent perturber l'opinion que l'éléve a de lui-même. Se reconnaît-il dans l'image que lui renvoie son professeur? Dans celle que lui renvoient les autres éléves? Quelle image aura-t-il de lui, à la fin de l'année, si l'enseignant le considére comme un être lent,obstiné,entêté, qui ne réagit pas comme il le souhaiterait, lui qui se voit comme quelqu'un de fidéle à sa famille et aux traditions de son peuple, comme un artiste peut être, un passionné de basket? Combien de temps lui faudra t-il pour être dégoûté de l'école?
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