" AMERINDIENS PASSION "... la Nature, ma vision du monde , mes lectures...et les peuples Amérindiens . Partager et communiquer...
En définitive, ce sont les accomplissements techniques de ces Indiens pour se déplacer,
c'est-à-dire maîtriser l'immensité de leurs teritoires, qui traduisent le mieux une parfaite adéquation entre un environnement naturel donné et une culture matérielle:
l'été , le canot en écorce qui, grâce aux portages, permet de se déplacer en toute liberté dans une nature largement amphibie et l'hiver, l'association des mocassins et des raquettes à neige qui, outre une liberté de mouvement encore supérieure à celle de l'été, conférait aux chasseurs un avantage souvent déterminant sur leur gibier. La chasse à l'élan n'est en effet rien d'autre qu'une traque. Une fois la bête débusquée, le chasseur va la poursuivrejusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce qu'il puisse s'en approcher suffisamment pour l'abattre. L'élan s'enfonce profondément dans la neige, ce qui entrave sa fuite. Cela étant, il s'agit d'une bête particuliérement puissante et la course dure couramment cinq ou six heures, voire une journée entiére...
Il arrive très fréquemment que, les conditions de la neige étant contraires, le chasseur se fatigue avant sa proie et doive abandonner avant de réussir à la rejoindre. La chasse à l'élan est une épreuve qui exige du chasseur un engagement physique extréme, pour reprendre l'expression des sportifs contemporains. Elle n'a pratiquement pas été modifiée par l'irruption de la modernité ...
Mais , d'une certaine façon, les premiers Européens qui parcouraient la forêt boréale ne pouvaient guére s'émerveiller devant canots d'écorce et raquettes, ayant adopté eux-mêmes ces techniques dès qu'ils avaient mis le pied en Amérique du Nord. Pour le reste, prêts à admettre les capacités de chasseurs des Indiens aussi longtemps qu'elles servaient leurs intérêts, ils se sont contentés pendant longtemps de faire avec eux commerce de la fourrure: des peaux de castors (mais aussi de tous les autres mammiféres de la forêt, des écureuils aux ours) contre des couteaux, des haches, des casseroles, des fusils, de la poudre, et.... du tabac.
Ainsi au XVIII e siécle, les postes de traite appartenant à la compagnie anglaise de la
baie d'Hudson avaient un réglement très strict, reflet d'une volonté de limiter autant que faire se pouvait les relations avec les Indiens. Les échanges marchands étaient confinés à un simple guichet, percé dans le mur extérieur du fort. Les Indiens ne pouvaient pénétrer à l'intérieur. Non que les autorités redoutassent particuliérement quelque coup de force qui aurait rendu les Indiens maîtres des lieux mais plutôt que les employés succombent au charme des indigénes et ne deviennent ainsi de facto et sans vraiment s'en rendre compte des beaux-fréres de tel ou tel chasseur venu échanger des peaux. Car il n'est rien de tel pour troubler un ordre commercial conçu à l'époque comme inflexible. Les coureurs des bois d'origine française avaient , eux, des pratiques nettement plus conviviales, à tel point qu'ils se sont souvent fondus dans la population indienne.

Que ce soit par défaut ou par excés de contact, les premiers Européens se révélent incapables de nous transmettre un témoignage valable sur l'organisation sociale des Indiens subarctiques. A leurs yeux, il s'agit de pauvres hères nomades soumis aux rigueurs d'une nature cruelle. Tout juste les voit-on quelques jours par an aux environs du poste, attirés par les mirages du commerce. Au reste, il leur arrive de disparaître d'un
seul coup, du jour au lendemain sans crier gare, et de retourner vers leurs territoires de chasse. Leur retour au poste est tout aussi imprévisible, les Indiens choisissant un poste ou un autre afin d'obtenir le meilleur change pour leurs peaux. Les trafiquants ont en règle générale toutes les peines du monde à identifier les individus dont parfois jusqu'aux noms semblent varier d'une année sur l'autre. La définition des groupes et leurs régles d'organisation leur échappent complétement. En ce domaine, il faut attendre les enquêtes ethnographiques contemporaines pour commencer à y voir un peu plus clair.