" AMERINDIENS PASSION "... la Nature, ma vision du monde , mes lectures...et les peuples Amérindiens . Partager et communiquer...
Il raconta sa mésaventure à sa grand mère... et celle-ci l'engagea à ne pas se décourager.
<Ne sois pas impatient, mon fils. Sans doute ton apprentissage n'est pas terminé. Va-t-en jeûner au sommet de la colline comme les guerriers qui recherchent une vision. >
Petit Loup avait foi en sa grand-mère, car il la savait un peu chaman. Dès l'aube, il prit sa branche de cèdre et partit vers les collines. Il s'y creusa une fosse où il s'accroupit , immobile. Il y resta tout le soir sans boire ni manger.
La nuit vint et Petit Loup ne bougea pas car il continuait à implorer une vision qui lui dirait comment faire chanter la brancge. Puis un autre jour passa et un autre jour encore. Petit Loup implora les esprits des ancêtres, de l'élan, du pic vert et de tous les oiseaux qui ont un si beau chant.
Ce n'est qu'au quatriéme jour, alors que ces forces et sa conscience l'avaient abandonné, que Wagnuka lui apparut à nouveau.
Mais cette fois le pic vert se dressa immense devant lui et sa changea en homme. Un homme à la crête rouge qui lui enseigna comment faire d'un bout de bois un instrument qui
chante. L'homme-oiseau lui montra comment évider la branche, coment y percer des trous et comment souffler dans l'embouchure. Lorsqu'il eut disparu, Petit Loup se leva et ses forces semblaient lui être revenues. Il coupa une autre branche de cèdre et retourna s'enfermer dans son tipi. Là, il sculpta la branche pour lui donner la forme d'un oiseau au long cou et peignit la tête de l'oiseau en rouge.
Puis il creusa la branche selon les indications de Wagnuka. Il y fit des trous avec le foret dont tous les indiens se servent pour percer le bois des arcs afin d'y passer la corde. Quand il eut terminé, il brûla de la sauge sacrée et passa sa branche à la fumée. Ensuite seulement, il mit les doigts sur les trous, comme il l'avait vu faire dans sa vision, et il souffla.
Une musique merveilleuse s'éléva qui envahit tout le campement. A son écoute, hommes et femmes furent irrésistiblement attirés vers son tipi.
Petit Loup entendit les exclamations et les cris émerveillés de son peuple. Mais sur les conseils de sa grand-mère, il garda son secret et fit taire sa flûte. Son chant devait être pour la jeune fille qu'il aimait.
Petit Loup continua à s'entraîner , mais loin du campement, dans le secret des sous-bois, là où seules les bêtes sauvages pouvaient l'entendre. Il s'entraîna en attendant impatiemment son heure.
Dès que le froid eut quitté la prairie, lorsque tous les arbres furent en fleurs, les tribus se mirent en route. Elles allérent jusqu'au lieu de rendez-vous , fixé depuis des temps immémoriaux prés du coude d'une grande riviére, pour fêter l'arrivée du printemps.
Petit Loup alla de tipi en tipi, dans le grand désordre qui accompagnait toujours ces fêtes en l'honneur du retour du plein soleil. Il retrouva le tipi de celle qu'il aimait.

Et le soir, alors que tous étaient endormis, il alla jouer sa musique à l'entrée de sa tente. Il joua la chanson qi'il avait composé dans le secret des sous-bois.
La belle, qui était fille de chef, était plutôt fiére . Elle n'avait pas pour habitude de répondre aux appels des garçons.
Quand elle entendit ce chant d'amour , elle s'efforça de l'ignorer , mais son coeur lui disait : " Ecoute, écoute!"
Elle se leva , tendit l'oreille et décida de se recoucher. Mais ses jambes ne l'entendirent pas ainsi et elle sortit de la tente, enveloppée dans sa couverture.
Le chant venait maintenant d'un petit bouquet d'arbes à l'écart des tipis.
Sa tête lui disait: " Tu es fille de chef, marche lentement ! " mais ses pieds répondaient : " Cours, cours... qu'attends-tu donc?"
Et sans trop savoir comment, elle se retrouva dans les bras de Petit Loup dont la musique l'avait ensorcelée.
Sa tête lui disait: " Tu es fille de chef, reste silencieuse et hautaine." Mais sa bouche murmura: " Ton chant m'a ému aux larmes. Allonge-toi prés de moi, dans ma couverture. Et si tu le veux bien, garde-moi toute la nuit auprés de toi."
Petit Loup connut donc l'amour de la jeune fille. Et dés le lendemain, il apporta des cadeaux à son père qui accepta son union. Mais nombreux étaient ceux qui avaient entendu
le chant merveilleux. Et tous voulaient en connaitre le secret. Aussi lors de la fête qui accompagna son mariage, on obligea presque Petit Loup à souffler dans sa branche trouée.
Et c'est ainsi, dit-on, que les Indiens découvrirent la magie de la flûte.
Les jeunes gens comprirent combien cette musique parlait au coeur des filles. Et tous décidérent de faire comme Petit Loup. Ils se mirent à couper des branches de cèdre et à les sculpter en forme de bec d'oiseau. Ils apprirent de Petit Loup la façon d'en disposer les trous. Et la flûte se répandit de tribu en tribu. Les guerriers sont des hommes timides et fiers qui craignaient toujours d'être éconduits.
La flûte devint pour eux le moyen de dire secrètement leur amour.
Ainsi, la coutume s'imposa :
déclarer ses sentiments à la nuit tombée par le chant de la flûte en espérant que la belle répondra à ce mystérieux appel.
