" AMERINDIENS PASSION "... la Nature, ma vision du monde , mes lectures...et les peuples Amérindiens . Partager et communiquer...

A perte de vue - et ici la vue se perd, au sens strict , dans un vertige dont on ne revient jamais tout à fait, de découvrir que ce n'est pas tant l'espace dont on éprouve les limites que celles de son propre regard, impuissant à absorber pareille immensité- à perte de vue, donc, un océan dévasté de roches ocre, roses, pourpres, déclinant toutes leurs nuances au gré des vents et des lumiéres, un labyrinthe extravagant de canyons abrupts, tranchés à vif dirait-on par quelque coutelas de géant, saignants encore, un déferlement écrasant de "mesas" , de buttes, de pics, d'aiguilles, d'arches, de ponts suspendus, de cheminées rongées par le vent et les eaux, un empilement délirant de montagnes cathédrales, des échappées vertigineuses de dentelles de pierre, comme taillées au burin.

Un chaos , se dit-on effaré, un cataclysme sismique dont on mesure tout à coup qu'il se déroule , là, devant nous, à l'extréme ralenti, et l'on devine les géométries complexes des fines stries en surface de la pierre par lesquelles s'écoule l'eau dans des rigoles qui, elles-mêmes, se déversent jusque dans le fleuve, on pressent un ordre implacable dans ce tumulte, comme une architecture secréte, subtile et nécessaire...
Des nuages passent dans le ciel, trés haut, qui se réflétent aux flancs des canyons , bleus, mauves, preque noirs, les couleurs changent à toute vitesse, se font la course , un rais de lumiére, soudain, plonge dans les profondeurs de gorges jusque là insoupçonnées, révéle des écroulements fantastiques de grés et de schistes, l'éclat bref d'un torrent, puis tout retourne aux ténébres, la paroi devant moi, striée d'ocre et de rouge, flamboie comme fournaise, tout change à chaque seconde, pure sculpture de lumiére - et c'est merveille , en vérité de songer que l'affolante beauté de ces vastitudes , devant moi, est moins le fait de leur masse que des jeux sur elles de la lumiére , des cavalcades de nuages, autrement dit, des caprices du vent.

Le COLORADO ? Des sculptures de lumiére et de vent.
Et un lieu de merveilles , si l'on entend par là ce qui sera toujours vu, quoi qu'on fasse, aussi souvent qu'on y revienne, comme une premiére fois....
( L'Ouest Américain - Territoires Sauvages )