Agée de 92 ans, la petite femme frêle aux yeux humides est assise sur ses talons. Elle porte la tenue traditionnelle - une ample jupe à volants en calicot clair et un corsage de velours - , un collier de turquoise et un tsiyeel, ce chignon en forme de huit fixé par un assemblage de fils de laine blanche qu'adoptent les hommes et les femmes de son peuple.
Il souffle un vent chaud et les odeurs se mêlent. Dans les champs, Rena ( grand-mére d'Ella !) est heureuse, bien plus heureuse que dans cet espéce de bungalow que le gouvernement lui a fait construire à Tuba City. Il est trop grand , tout en angles, bruyant et ne ressemble en rien au hogan isolé de tout dans lequel elle vivait. " Le sol est tellement dur que j'ai mal aux pieds" dit elle , des dalles de béton moquettées qui lui font regretter la terre batue sur laquelle elle étalait des couvertures. " Et puis, c'est trop clair", elle qui n'apercevait qu'un minuscule coin de ciel à travers les petites ouvertures de son hogan dit s'habituer aux bais vitrées. A Tuba City, les fonctionnaires chargés de son dossier ne comprennent pas qu'on puisse préférer une hutte de boue séchée à une maison.
La vieille femme n'a pas choisi de déménager: c'est le gouvernement qui l'y a contrainte sous prétexte que son hogan se trouvait sur des terres appartenant dorénavant aux Hopis. Du fait de son grand âge, Rena n'a pas eu la force de lutter; mais les parents d'Ella ont refusé de partir quand ils se sont vus pareillement acculés.....