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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 18:36

Préface du livre "Soleil Hopi "...(derniére partie)

 

KIVA à WalpiL'intérêt suscité par les biographes indigénes remonte, aux USA, aux premiéres années du XIXe siécle, mais il ne s'agissait pas, alors, d'un procédé d'investigation scientifique, avec des objectifs bien définis. Cette seconde phase débute, entre 1920 et 1930, par les travaux de G.L . Wilson et de P. Radin,celui-ci responsable de la premiére autobiographie indigéne atteignant les dimensions d'un volume, inspirée, guidée et commentée par un ethnologue professionnel : Crashing Thunder, the Autobiography of an American Indian, New York, 1926 .

 

Dans une pénétrante étude consacrée à cette forme particuliére de littérature ethnologique, Clyde Kluckhohn cite près de 200 titres d'ouvrages consacrés à des biographies indigénes ou à la discussion des méthodes , qu'elles mettent en oeuvre, des buts scientifiques qu'elles visent, des problémes qui se posent à leur sujet. En plus de Crashing Thunder, on se bornera à citer trois réussites mémorables : W.Dyk, Son of Old Man Hat, NY, 1938 ; et C.S.Ford, Smoke from their Fires , Yale University Press, 1941 : autobiographies d'un Indien Navajo et d'un Indien Kwakiutl, respectivement .

Enfin, Sun Chief, ( l'ouvrage Soleil Hopi dont c'est la préface ) , que kluckhohn considére, à juste titre, comme la meilleure autobiographie indigéne publiée à ce jour.

 

C. LEVI STRAUSSJ' ( l'auteur: C.Lévi-Strauss ) discuté ailleurs, d'un point de vie technique, la méthode et les résultats de Sun Chief, et je n'y reviendrai pas. Il s'agit d'une entreprise longuement et minutieusement préparée. Leo W. Simmons, qui l'a conçue et menée à bien, choisit Don C. Talayesva sur le conseil de M.Titiev, éminent spécialiste de la culture Hopi. La rencontre eut lieu en 1938, et Simmons commença par employer Talayesva comme informateur, au taux de 35 cents l'heure. peu à peu, il réussit à le convaincre qu'un récit autobiographique présentait plus d'intérêt que des informations dispersées, et Don accepta de tenir son journal, sur la promesse qu'il recevrait 7 cents par page manuscrite. La rédaction commence en septembre 1938. Pendant les années suivantes, des contacts intermittents ont lieu entre les deux collaborateurs, soit à Oraibi, où Simmons retourne en 1940, soit à Yale, où Talayesva lui rend visite en mars 1941. A ce moment, il a rédigé 8 000 pages manuscrites, que Simmons s'est borné à élaguer dans la proportion de 4 sur 5 , pour supprimer des redites; à condenser , et à redistribuer selon un plan cohérent, mais sans altérer le style de l'auteur.

 

Talayesva a donc produit son oeuvre aux environs de la cinquantaine. Sa vie passée faisait de lui un témoin particuliérement sensitif et averti du conflit entre les voies traditionnelles et celles de la civilisation. Mal adaapté, dès le début, à son milieu d'origine,il fut envoyé, vers sa 10e année, dans une école américaine,et, très rapidement, il put se croire définitivement intégré au monde moderne. Mais il devait tomber gravement malade 10 ans plus tard, et couché sur son lit d'hopital, il subit l'assaut des dieux et des croyances de son enfance. Son esprit gardien lui reproche sa trahison, il explique ses maux comme un châtiment surnaturel. Don quitte l'hopital guéri, mais transformé: il retourne au village natal pour s'y faire le gardien pointilleux des usages et des rites anciens. Ce conservateur éclairé, ce réactionnaire méthodique et appiqué, ne se contente pas de décrire sa société : il plaide avec passion, obsédé par le besoin de justifier sa conduite, et de comprendre la transformation intérieure qui l'a ramené au respect des coutumes.

SOLEIL HOPI

Le récit qu'il nous a donné posséde une valeur psychologique et romanesque qui se suffit. A l'ethnologue, il apporte une moisson de renseignements sur une société pourtant connue. Mais surtout, le récit de Talayesva réussit d'emblée, avec une aisance et une grâce incomparable, ce que l'ethnologue rêve, sa vie durant, d'obtenir et qu'il ne parvient jamais à réaliser complètement : la restitution d'une culture "par le dedans" , et telle que la vivent l'enfant, puis l'adulte. Un peu comme si, archéologues du présent, nous exhumions, disjintes, les perles d'un collier; et qu'il nous soit donné, soudain, de les apercevoir, enfilées selon leur disposition primitive, et souplement agencées autour du jeune cou qu'elles furent d'abord destinées à orner.

 

HOPI ET KATCINASSi le lecteur français peut accéder aujourd'hui à cette rare expérience, il le doit sans doute à Talayesva et à Simmons, mais aussi à la traductrice. Mlle Geneviéve Mayoux n'est pas ethnologue, et tant mieux: l'eût-elle été, elle se fût sentie paralysée par les difficultés de l'entreprise. Elle a bien voulu me consulter sur certains problémes, et nous sommes réguliérement tombés d'accord, pour les reconnaître insolubles. Grâces lui soeitnrendues d'être allée de l'avant. Le spécialiste éprouvera parfois quelques hésitations, sur la maniére dont des points de détail ont été rendus, mais comme l'idée ne peut lui venir d'utiliser un autre texte que l'original, la chose est, pour lui, sans importance; et, bien que les raisons différent, elle l'est également pour le public cultivé, à qui s'adresse cette traduction. On saura particuliérement gré à Mlle Mayoux d'avoir trouvé, dans un autre registre, un équivalent plausible de cette langue indéfinissable que parlent et écrivent les Indiens évolués de l'Amérique du Nord: faite de tournures indigénes, d'expressions paysannes, et d'emprunts à l'argot des faubourgs.

 

HOPI 1904Qu'il me soit permis, en terminant , de suggérer au lecteur de remédier à l'absence d'illustrations en couleurs, en se reportant à l'éblouissant recueil de peintures indigénes publié, il y a un demi-siécle, par J.W. Fewkes (Hopi Katcinas, 21 st Annual Report,Bureau of American Ethnology, Smithsonian Institution, Washington, 1903 ) ; sinon, un sentiment lui manquera toujours: celui de l'intense et subtile inspiration poétique, associée à une chaleureuse verve populaire, qui imprégne la culture hopi. Il est dommage qu'on n'ait pu reproduire ici quelques planches.

Aucun écrin ne serait trop précieux, pour présenter ce joyau de la littérature ethnographique.

 

Claude LEVI-STRAUSS

 

Ce livre Soleil Hopi est magnifique, c'est pourquoi je voulais vous écrire la préface de C.Lévi-Strauss qui donne un avant goût de lecture prometteur...je sais que certains d'entre vous apprécient ces livres historiques , je vous souhaite donc Bonne Lecture , vous ne serez pas déçus !

 

SOLEIL HOPI

 

L'auteur, Don C. Talayesva, est un Indien Hopi, chef du Clan du Soleil, né à Oraibi, à l'est du Grand Canyon du Colorado, en mars 1890. Il a assisté à l'implantation graduelle de l'administration gouvernementale et aux efforts d'américanisation soutenus en ces territoires pueblos par les autorités, parfois avec le concours de l'armée.

Cette autobiographie est un livre singulier. C'est tou d'abord un rare document sur une tribu indienne qui nous est décrite de l'intérieur, comme un ensemble vivant et gouverné par une harmonie interne. A ce titre, il est considéré comme un des  grands classiques de l'ethnologie.

C'est ensuite, et surtout, un homme qui témoigne avec naïveté, vivacité et sagesse de son attachement réfléchi aux cadres traditionnels Hopi, à une attitude religieuse dans tous les grands moments de la vie. Hostile par expérience à une américanisation des siens et de sa tribu, Talayesva ne se refuse toutefois pas à une évolution nécessaire, qu'il estime, quant à lui, tragique.

La richesse de la personnalité de ce chef indien, les événements historiques qu'il a vécus, nous valent un livre exceptionnel que son caractére établit comme une ouevre littéraire d'avant-garde.



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